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À dix-huit mois de l’élection présidentielle, une partie du débat public semble coincée entre deux réflexes : la résignation devant des programmes qui se ressemblent tous, et la tentation de la rupture pour la rupture. C’est dans cet espace qu’un essayiste indépendant, Gustave Tatouche, propose une troisième voie qu’il baptise le « raisonalisme » : ni réforme cosmétique, ni table rase, mais une règle simple censée recadrer durablement l’accumulation de richesse sans brider l’initiative individuelle.
Un diagnostic qui dérange avant de proposer des solutions
Le point de départ du raisonalisme n’est pas idéologique, il est arithmétique : quand une minorité concentre assez de patrimoine pour peser sur les décisions collectives, la démocratie elle-même se déforme, quel que soit le résultat des urnes. Plutôt que d’opposer frontalement capitalisme et étatisme, la doctrine cherche un plafond mobile qui laisse toute sa place à l’enrichissement individuel tant qu’il reste à une échelle qui ne verrouille pas le jeu pour les autres.
La « limite dynamique », une règle calée sur l’âge
Concrètement, chacun pourrait gagner chaque année jusqu’au prix moyen d’un logement dans son pays, et détenir un patrimoine plafonné à ce même montant multiplié par son âge : vingt logements possibles à vingt ans, soixante à soixante ans. La limite grandit avec la personne, elle ne la bloque pas au départ. Les excédents ne seraient pas confisqués mais mis en réserve cinq ans au maximum, avant d’être redirigés, au choix du contribuable, vers des services publics ou des associations. Les entreprises, françaises comme étrangères, devraient composer avec des actionnaires respectant ces mêmes plafonds pour continuer à opérer sur le marché visé.

Sept chantiers, aucun sujet mis sous le tapis
Le raisonalisme ne se limite pas à la question économique. Sur l’école, il propose de diviser le temps scolaire en trois tiers — matières classiques, matières renforcées (français, sport), et un dernier tiers consacré aux questions concrètes de l’existence : se loger, devenir parent, affronter la maladie. Sur la fiscalité, il remplace les cotisations assises sur l’emploi par une contribution forfaitaire due par toute activité, qu’elle emploie des salariés ou des robots, et troque la TVA pour une taxe indexée sur l’impact écologique du produit. Le texte n’évite pas non plus les sujets qui fâchent : légalisation encadrée de certaines pratiques entre adultes consentants, prisons à paliers selon le comportement, ou encore une « règle de trente » limitant à 30 km/h la vitesse d’un véhicule passant à moins de trois mètres d’un piéton.
Ce que la doctrine change concrètement pour les classes moyennes
Un reproche classique adressé aux programmes qui s’attaquent aux grandes fortunes est de finir, dans les faits, par toucher les classes moyennes. Le raisonalisme s’en défend par construction : le plafond est individuel et proportionnel à l’âge, pas une taxe uniforme sur le patrimoine. Un couple de quarante ans propriétaire de sa résidence principale et d’un petit studio locatif reste très loin du seuil. Ce qui change, en revanche, c’est la contribution forfaitaire par activité : elle remplace les charges sur l’emploi, ce qui allège mécaniquement le coût du travail salarié tout en demandant aux activités automatisées de participer au même titre. Pour Gustave Tatouche, c’est cette bascule — taxer l’activité plutôt que l’emploi humain — qui finance une partie des sept chantiers sans alourdir la pression sur les ménages qui vivent de leur salaire.
Une boussole plus qu’un programme clé en main
Gustave Tatouche ne présente pas le raisonalisme comme une liste de mesures prêtes à voter, mais comme une question à reposer avant chaque arbitrage : jusqu’où peut-on s’enrichir sans abîmer la capacité des autres à choisir ? À l’approche d’une présidentielle où les programmes se résument souvent à des ajustements de curseurs, le programme raisonaliste de Gustave Tatouche mérite d’être lu en détail, ne serait-ce que pour élargir le cadre du débat. Reste à savoir si une doctrine aussi structurée trouvera un relais politique capable de la porter jusqu’aux urnes.
Pourquoi cette idée refait surface maintenant
Le timing n’est pas anodin. Les cycles électoraux récents ont montré qu’une partie croissante de l’électorat ne vote plus pour départager deux visions économiques, mais pour sanctionner un système jugé verrouillé d’avance, tout en prenant le temps de s’informer sur l’actualité locale au quotidien pour mieux comprendre ces dynamiques politiques. Nommer un chiffre plutôt qu’un slogan est, de ce point de vue, un pari risqué : une limite dynamique exprimée en multiples du prix d’un logement se discute, se chiffre, et peut donc aussi se contester sur des bases concrètes — ce qui manque souvent aux programmes qui restent volontairement flous sur leurs seuils. Gustave Tatouche assume ce choix : selon lui, un électorat qui doute de l’utilité de son vote a davantage besoin d’une règle qu’il peut vérifier lui-même que d’une nouvelle promesse générale.
